Les accents anglais (ou la fois où j’ai rencontré une vedette YouTube)

La première fois que j’ai vu Jake, c’était il y a 3 ans, sur YouTube. Un matin, j’étais tombée sur une vidéo dans laquelle un jeune Britannique du nom de Truseneye92 imitait 24 accents anglais. Impressionnée, je l’avais partagée sur Facebook. Aujourd’hui, sa vidéo compte près de 20 millions de vues.

J’ai eu envie de trouver ce Truseneye92 lors de mon séjour en Angleterre. Après quelques commentaires sur sa chaîne YouTube, une dizaine de courriels et un entretien Skype, on s’organise pour que je le rejoigne chez lui, dans un quartier ouvrier de l’est de Londres. 

Dès mon arrivée, Jake met de l’eau dans la bouilloire et deux scones dans le four. On s’installe dans la salle à manger et il me raconte l’origine de plusieurs des accents qu’il imite, comme celui de Liverpool, le « scouse », influencé par la vague d’immigrants irlandais lors de la Grande Famine de 1845. 

Dehors, quelqu’un s’approche de la porte. C’est sa mère qui entre avec des sacs d’épicerie. 

- As-tu offert du thé à tes invités, Jake?
- Oui mom, c’est déjà fait. 

Jake est d’une politesse exemplaire. 

Au Royaume-Uni, il n’existe pas d’accent britannique, mais bien plusieurs accents britanniques. Celui que l’on entend à la BBC par exemple, est le « Received Pronounciation Accent » (RPA). Un accent standardisé, qui n’a aucune sonorité régionale et qui peut donc être « reçu » par tous.  

Jake a lui-même appris à intégrer le RPA à son langage, dans lequel on décèle également du cockney et du street, deux accents retrouvés dans les quartiers plus défavorisés de Londres (amicalement surnommés « the Ends » par ceux qui y habitent). Le premier est caractéristique de la classe ouvrière, tandis que le deuxième est apparu il y a une vingtaine d’années seulement, et est le résultat de la rencontre entre le patois jamaïcain et la culture hip-hop de la côte Ouest américaine.   

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Nos scones terminés, nous nous dirigeons en train vers l’Université de Ravensbourne, où Jake étudie l’Édition et la Post-Production. À deux pas de là s’élèvent le célèbre O2 Arena, ainsi que le téléphérique de Londres, qui traverse la Tamise et offre des vues spectaculaires aux touristes et aux locaux qui l’utilisent comme moyen de transport. 

« Avec la récession, c’est devenu vraiment vraiment difficile. C’est presque impossible de se trouver un travail », me dit Jake. Heureusement, sa vidéo lui permet de générer des revenus. Lorsqu’il l’a mise en ligne en 2011, il n’a pas fait un sou. Puis, en 2012, avec les publicités, il a commencé à en faire assez pour ne pas avoir à travailler. « On peut faire beaucoup avec une vidéo. Par mois, je fais ce que je ferais si j’avais un travail à temps partiel. Parfois un peu moins, parfois plus. »

Au Royaume-Uni comme ailleurs, plusieurs jeunes tentent de gagner la loto YouTube. Mais selon Jake, le succès et les montants sont imprévisibles. La plupart des nouveaux venus n’arriveront pas à amasser assez de clics. D’autres, comme lui, auront une vidéo virale, ce qui créera un effet boule de neige pour le reste de leur contenu. Quelques-uns réussiront à faire de leurs clips YouTube un travail à temps plein.

Trois ans après sa mise en ligne, la vidéo de Jake récolte encore 100 000 vues par mois. Il fait aujourd’hui partie d’un réseau et d’une agence qui vend des annonces premium afin d’augmenter ses revenus. Malgré tout, il se considère comme un « one-hit wonder. »  

Située aux portes du gargantuesque O2 Arena, la station North Greenwich est l’une des plus grandes du Jubilee Line, capable d’accueillir 20 000 passagers à l’heure. 

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