Dîner en blanc Haïti

Dîner en blanc Haïti

J’observais les convives faire leur entrée, tourbillonnant comme des plumes au vent dans la réception de l’hôtel Karibe. Tout de blanc vêtus, ils s’étaient donnés rendez-vous à cet hôtel de Port-au-Prince, comme point de départ pour la deuxième édition du Dîner en Blanc Haïti, cette grande messe épicurienne célébrée dans 31 villes du monde. 

Comme le veux la tradition du Dîner en Blanc, personne ne savait où l’on se dirigeait. J’avais beau tenté de tirer les verres du nez des organisatrices, rien à faire. Carla, Ingrid et Chilandre, trois québécoises d’origine haïtienne, ainsi que leur comparse Johanne Buteau, ne comptaient pas nourrir ma curiosité.

On ne m’avait que conseillé d’amener une veste.

« Ah ha! Nous allons en hauteur! »

Je m’exclamais, excitée d’avoir trouvé un indice, avant de rapidement réaliser qu’il ne me serait guère utile dans la nation la plus montagneuse des Caraïbes. Deye mon, gen mon, dit le proverbe. Derrière les montagnes, encore les montagnes.

Nous partions. 

On traversa d’abord Pétion-Ville, ses commerces colorés ainsi que son marché de fleurs, place St-Pierre. Curieuse de notre route, je traquais nos déplacements grâce au petit point bleu qui se déplaçait au creux de ma main, prenant bien soin de faire des captures d’écran de Google Maps, marquant mon chemin telle une Gretel des temps modernes.

La route était longue et sinueuse et offrait des vues imprenables sur la campagne haïtienne. Des vallées, des villages ainsi que de nombreuses terres agricoles défilaient par la fenêtre, pour ensuite disparaître dans la brume. Celle-ci s’approchait sur la pointe de pieds et camouflait les paysages, comme un duvet que l’on tire sur sa tête.  

 

 

Mon autobus, suivi de 28 autres, s’arrêta finalement au Ranch Montcel, un sublime site de 16 hectares, situé à 1500 mètres d’altitude dans la commune de Kenscoff. Y faisaient leur entrée des Haïtiens, mais aussi des Canadiens, des Américains et des Martiniquais. Au total, 25% des 700 invités étaient venus de l’étranger.

En moins de deux, le lieu au préalable si tranquille se transforma en véritable fourmilière.  Une chaise par ci, une table par là. Chacun s’entraidait, installait et dressait sa table de façon plus grandiose et créative que la suivante, garnissant le tout de fleurs, de chandelles et d’accessoires. Ma foi, j’eu cru être tombée dans un tableau Pinterest. 

Comment le Diner en Blanc se compare à d’autres Dîner en Blanc à travers le monde, je ne saurais vous dire – j’en étais à ma première expérience. Mais j’étais toutefois persuadée que les choses ici étaient faites en grand. Car le Dîner en Blanc Haïti n’est pas qu’une simple fête. C’est aussi le désir d’une jeunesse, soit issue de la diaspora ou du pays même, de projeter une autre image d’Haïti – celle d’un pays bouillonnant de culture, où il y a plus à voir que des bâtiments en ruines.

Loin de moi l'envie de prétendre qu’une fête règlera les problèmes sociaux ou économiques d’Haïti, ou surtout qu’il ne faut pas en parler. Mais reste que le Dîner en Blanc s’inscrit dans une lancée d’évènements comme la Nuit Blanche, le Festival de Jazz de Port-au-Prince ou encore la Burger Week, qui au delà de leurs objectifs respectifs, contribuent à offrir un nouveau regard sur Haïti.  

 

Le soleil se couchait au delà des collines alors que des rythmes de kompa résonnaient dans les champs. Les invités dansaient sur le gazon et sur les chaises. Quant à moi, je me réchauffais tranquillement près du feu. L’heure était venue de rentrer.

À ma sortie du ranch, je revoyais les mots « Haiti de Demain » inscrits sur une affiche.

Ça fait plusieurs fois que je vois ce slogan en Haïti. Et après quelques voyages dans cette Haïti chérie, je peux vous dire que je n’ai aucune idée à quoi ressemblera l’Haïti de demain. Tout ce dont je suis certaine, c’est que l’Haïti de soir, drapée de blanc et brillant dans les hauteurs du Kenscoff, ne pouvait mieux porter son surnom : la Perle des Antilles.